SOUS LE SALON LA PLAGE
« À Biarritz, loin des salons parisiens, Gabrielle Chanel a exploré des façons différentes d’être et de percevoir les choses, une autre idée du mouvement et de la liberté. Elle fait de ces idées le catalyseur de sa mode. C’est un lieu qui offre un équilibre parfait entre fonction et fiction. Artistes, ouvriers, noblesse internationale, bourgeoisie locale et nature coexistaient, partageaient la même scène. » Matthieu Blazy
Sous le salon la plage : c’est à Biarritz que Gabrielle Chanel ouvre sa maison de couture et présente ses premières collections. En conciliant l’intemporalité de la nature et la modernité, elle a bouleversé les codes de la mode pour toujours.
C’est le monde extérieur, celui des éléments, de la mer, la plage, le soleil, le vent, qui appelait praticité et liberté de mouvement. Avec son jersey et ses pièces sportswear avant l’heure, Gabrielle Chanel y répond, affranchissant les femmes des contraintes d’une existence confinée aux salons.
Pour sa première collection Croisière pour CHANEL, Matthieu Blazy, Directeur Artistique des Activités Mode, célèbre la côte Basque avec sincérité et fantaisie. De la fonctionnalité de la robe noire à l’imaginaire de la sirène, il explore avec naturel de nouvelles façons d’être et de percevoir les choses, esquissant un nouveau vocabulaire CHANEL.
Place à un vestiaire affranchi des codes hiérarchiques : ici, les vêtements de travail se mêlent aux tenues de loisirs, l’uniforme de marin dialogue avec la flamboyance des robes du soir, l’effervescence rencontre la rigueur. Le salon glisse vers la plage, le confort épouse la sophistication, avec comme fil conducteur la rayure basque.
Tout vibre et frémit, rien n’est figé : des ensembles en soie aux jupes en raphia bruissant, en passant par des tailleurs en toile de coton lavé, la collection se vit comme un plaisir — celui de s’habiller, de se déshabiller, le maillot de bain n’étant jamais loin. Les matières, sensuelles et expérimentales, célèbrent la richesse de la nature : soies fluides, tweeds souples, flocks compacts, mailles perlées et paillettes irisées comme des écailles de poisson.
Le double C parcourt lui aussi la collection : il ne s’agit pas seulement d’un logo mais d’un élément constitutif de l’architecture du vêtement. Intégré à celle-ci de façon radicale et audacieuse dans les années 1930, il porte dans ses contours arrondis la signature rigoureuse de Gabrielle Chanel, comme un manifeste, une manière de se raconter par le vêtement. Au tour de celle qui le porte d’apposer la sienne.
Les accessoires de la collection racontent le voyage, entre fonctionnalité et fantaisie, dans une profusion de styles. Petit sac-valise ou grand cabas, sac à rabat waterproof ou panier de plage XXL à rayures, et même un étui de pala — tout y est. Des talons Art déco élégants aux heel caps à porter pieds nus, les souliers naviguent entre salon et plage, accompagnant celle qui les porte où bon lui semble. Les bijoux eux aussi font écho à l’architecture Art déco de Biarritz et à sa vie aquatique : on y porte des boucles d’oreilles en forme de coquillage, et la perle CHANEL trouve ici son écrin naturel.
« Il n’y a d’autre beauté que la liberté des corps. » Gabrielle Chanel
LA PETITE ROBE NOIRE
« J’ai donc imposé le noir ; il règne encore, car le noir flanque tout par terre. » Gabrielle Chanel
« On parle beaucoup de la “revenge dress” – celle-ci est peut-être la toute première. » Matthieu Blazy
Un classique n’en est jamais un dès le départ, cela commence souvent par une révolution. La petite robe noire créée par Gabrielle Chanel ne fait pas exception. En 1926, bien pensée, précise et d’une irrésistible simplicité, elle bouscule avec audace les conventions d’une mode alors dominée par l’exubérance et l’ostentation. Cette année-là, Vogue la surnomme la « Ford » de Chanel. Pourtant, elle n’avait rien d’inédit. Ce sont le savoir-faire artisanal mobilisé pour sa réalisation et le contexte – sans parler de la publicité – qui ont donné à la robe une tout autre dimension. La robe et sa couleur étaient bien connues des ouvrières, domestiques, vendeuses et religieuses dans les couvents. L’idée géniale de Gabrielle Chanel – qui était après tout une ancienne vendeuse élevée par des soeurs – fut de donner l’envie aux femmes de la haute société de ressembler à celles qui les servaient. À elles ensuite de donner une signification à cette robe. Peut-être était-ce une forme de vengeance.
La robe noire de Gabrielle Chanel opère un changement de paradigme, ce qui était à la mode devient un archétype. Celle qui la porte, sans artifices, rebelle et sans complexes, se révèle pleinement elle-même. La robe noire, ce vêtement de travail qui a brouillé les hiérarchies et que toutes les femmes ont fini par adopter, trouve son pendant dans la seconde moitié du XIXe siècle avec le jean. On dit d’ailleurs que ce denim provient du sud de la France, de Nîmes.
Pour cette collection Croisière, Matthieu Blazy décide d’ouvrir le défilé avec son interprétation de la robe noire de 1926 de Gabrielle Chanel. Le croquis original révèle un large noeud dans le dos, invisible sur les dessins qui ont été largement diffusés à l’époque. Aujourd’hui, ce noeud devient une pochette. La collection fait également la part belle au vêtement de travail, de la marinière au bleu, à la fois fonctionnel, fictionnel et rebelle. Tous deviennent des classiques, intégrés au vestiaire CHANEL

