En imitant la nature, on apprend toujours quelque chose. La nature n’offre pas de conclusions figées, seulement des systèmes en mouvement – qui évoluent, s’adaptent, perdurent. La haute couture appartient à cette même logique. C’est un laboratoire d’idées, où l’expérimentation est indissociable de l’artisanat, et où les techniques ancestrales ne sont pas préservées comme des reliques, mais activées comme un savoir vivant. C’est aussi une façon de voir, un prisme à travers lequel le présent est interprété, examiné et réimaginé. Urgent. Subtil. Précis.
Jonathan Anderson, le Directeur Artistique des collections Dior, est captivé par les objets mar- qués par le temps : des matériaux qui portent en eux une mémoire, une utilité ou une signification antérieure. Les météorites et les fossiles façonnés au fil des millénaires, les tissus du xviiie siècle et les portraits miniatures ne sont pas considérés uniquement comme de précieux artefacts, mais comme des objets catalyseurs qui, une fois retravaillés, acquièrent une nouvelle pertinence et une nouvelle fonction.
Cette collection, sa première incursion dans la haute couture, est construite comme un cabinet de curiosités – un lieu où des pièces dignes d’un musée et des merveilles naturelles sont rassemblées et recontextualisées, offrant un nouveau moyen de préservation par la transformation. Pour Jonathan Anderson, la haute couture n’offre, elle non plus, aucune certitude ; il s’agit d’un savoir-faire en voie de disparition qui ne survit que grâce à sa pratique. La créer, c’est la protéger.
La nature rencontre l’artifice et l’ancien accueille le nouveau. Des bouquets de cyclamens, fraîchement cueillis et offerts à Jonathan Anderson par John Galliano, l’un des précédents Directeurs Artistiques de la Maison, deviennent des relais poétiques de la transmission créative au même titre que les œuvres anthropomorphiques de l’artiste céramiste Magdalene Odundo. Les lignes ondulent avec fluidité sur des coupes structurées et drapent délicatement le corps, magnifiant les courbes et soulignant le mouvement. Une grammaire de nouvelles formes prend vie, enrichissant le lexique de la Maison tout en faisant écho à ses fondations.
Le travail de la main du couturier transforme le micro en macro, et vice versa : des fleurs réalistes sont découpées dans de la soie ou miniaturisées dans des broderies denses ; les hauts ballon sont recouverts de résille ; la mousseline et l’organza effilochés sont superposés comme des plumes.
Cette dextérité de la main intègre la maille à la haute couture, complétant son langage et suscitant le plaisir de l’expérimentation. Les sacs façonnés font leur apparition dans la haute couture Dior tels des objets sculpturaux inspirant de nouvelles attitudes.
LES SACS
Conçus comme de véritables créations couture, ces objets merveilleux allient héritage et expérimentation, transformant matières précieuses et savoir-faire d’exception en pièces sculpturales à collectionner. Ils complètent harmonieusement les thèmes et les techniques explorés au cœur de la collection. Certains sont confectionnés à partir de tissus français du xviiie siècle, extrêmement rares, retravaillés et sublimés de broderies et de patchworks qui les rendent à la fois modernes et totalement uniques. Formes surréalistes, références aux archives et motifs inspirés de la nature apparaissent aux côtés d’icônes réinventées, à l’instar du Lady Dior. Des pierres ornementales à la laque colorée, chaque sac est l’expression à part entière d’une attitude, d’une forme d’art et d’une singularité.
LES SOULIERS
Reflétant la philosophie qui façonne l’ensemble de la collection, les souliers concentrent des matières et des ornements luxueux exclusifs déployés sur une gamme de sandales, de mules, d’escarpins et de chaussures plates. Certaines pièces sont revêtues de tissus français du xviiie siècle, d’autres sont magnifiées d’effets en trompe-l’œil, de pétales de cyclamen en soie, de médaillons ovales et de fils duveteux. Des créations à bout carré font écho au design d’un modèle d’archives conçu par Roger Vivier pour la Maison.
LES BIJOUX HAUTE COUTURE
Les œuvres d’art uniques que sont les miniatures ovales, délicatement réalisées au xviiie siècle par des artistes tels que Rosalba Carriera et John Smart, renaissent, réinterprétées en broches ornées de cadres en perles, de nœuds et d’orchidées peintes à la main. Ces fleurs luxuriantes réapparaissent sous la forme de boucles d’oreilles en laiton laqué et soie sculptée. Une série de bagues et de bracelets imposants, créés à partir de pierres ornementales et de fragments de météorites, évoquent les formes de la nature, et les témoins extraterrestres, surnaturels, de lieux éloignés de l’orbite de notre planète.

L’EXPOSITION
À partir du mardi 27 janvier, le musée Rodin, lieu du défilé, accueille Grammaire des Formes, une exposition mettant en dialogue une sélection de créations haute couture imaginées par Jonathan Anderson avec des pièces emblématiques de Christian Dior et des sculptures en céramique de Magdalene Odundo. Le programme comprend des conférences également ouvertes au public, ainsi que des visites scolaires, l’exposition visant à démythifier le monde de la couture et à inspirer les prochaines générations afin d’assurer son avenir.

