VALENTINO PRE-FALL 2026 FEMME ET HOMME

par | 24 Avr 2026 | CAMPAGNES, HOMME, NEWS

 

 

 

Vous pouvez commencer où vous voulez.

Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Ce n’est pas un problème. Aujourd’hui, tout semblait… identique Et pourtant, quelque chose n’allait pas.Qu’est-ce qui n’allait pas ? La manière dont je me déplaçais. Comme si je m’imitais moi-même. Et où étiez-vous ? Je ne sais pas… comme lorsque l’on est sur le point de changer de direction, mais que l’on n’a pas encore fait le pas. Est-ce un endroit que vous connaissez ? Non. Nous pouvons rester ici un instant. Si je reste… quelque chose va remonter à la surface. Pourquoi pensez-vous cela ? Je le sens déjà. Et si je l’ignore ? Cela remontera de toute façon. Alors… puis-je arrêter de m’expliquer ?

Le Palazzo de Cy Twombly, niché à Bassano in Teverina, est un lieu imprégné d’un entrelacs dense de temps et de matière. Acquis par l’artiste en 1975, la villa devint son sanctuaire pendant plus de trente ans : un refuge créatif où son œuvre put lentement se déposer dans les murs de tuf, loin du tumulte de la ville. Twombly y menait une vie d’une grande ascèse, n’ouvrant sa maison qu’à un cercle restreint d’amis et de collaborateurs. C’est dans ce seuil silencieux et intime que certaines de ses œuvres les plus déterminantes ont vu le jour.

Aujourd’hui encore, le Palazzo conserve une profonde immobilité — intemporelle, magnifiquement décalée par rapport au présent. Chaque surface porte les traces, les gestes et les marques d’un passé qui demeure intensément vivant. La présence de Twombly s’y fait toujours sentir, tel un paysage intérieur inscrit dans la trame même de l’architecture.

 

 

 

 

 

 

La campagne Pre-Fall 2026 s’inscrit dans cette constellation d’échos et de présences. Le Palazzo de Cy Twombly n’y est pas un simple décor ; il agit comme un geste délibéré, une réactivation d’une généalogie spécifique du regard. Le projet s’inscrit ainsi dans une trajectoire plus large, enracinée dans l’histoire même de la Maison Valentino. En 1968, Henry Clarke photographia la Collection Blanche de Valentino Garavani dans l’appartement romain de Cy Twombly et Tatia Franchetti pour Vogue US. Aujourd’hui, le récit se déploie dans une autre demeure de l’artiste, rendant simultanément visibles la distance et la

continuité. Il ne s’agit pas ici de revenir à une archive visuelle familière, mais plutôt de capter une vibration plus profonde et de lui permettre de ressurgir sous des formes inattendues. La campagne explore l’idée de persistance — non comme une permanence statique, mais comme une trace vivante qui traverse le temps et se transforme. Une ligne qui se brise, dévie et se réfracte dans le présent, générant déplacements, glissements et nouvelles possibilités de sens.

Dans les images de 1968, les figures sont mises en scène — composées et contenues — au sein d’une géométrie préexistante. Leurs vêtements blancs deviennent une forme de discipline, instaurant un équilibre où la mode s’appuie sur l’espace et en prolonge la stabilité. À l’inverse, la campagne Pre-Fall 2026 révèle une fracture — ou plutôt une ouverture. L’espace n’est plus un contenant mais une surface sensible ; le corps ne s’y installe pas, il le traverse, le perturbe, le remet en mouvement. Cheveux indomptés, regard fuyant et vibration du tissu introduisent une dimension instable, presque atmosphérique. La couleur surgit, brisant cette unité : là où il y avait une pose immobilisée, apparaît désormais un geste qui échappe à toute fixité. L’ensemble du récit s’articule autour d’une figure chargée d’énergie, d’élan et d’instabilité. Il ne s’agit plus d’une présence se tenant sagement dans un espace, mais d’un corps qui interroge et met sous tension un environnement encore habité — où l’œuvre de Cy Twombly et la mémoire visuelle de Valentino Garavani continuent de résonner.

La vidéo de la campagne Pre-Fall 2026 rend ce mécanisme explicite et le pousse encore plus loin. Elle met en scène la relation entre le corps et l’espace comme un flux continu où présence, mémoire et mouvement s’entrelacent sans jamais se fixer dans une forme stable. Les temporalités s’y déploient à des vitesses différentes, selon des trajectoires divergentes. Le dialogue qui s’installe est intime, raréfié, presque surréaliste. Il ne cherche aucune explication ; il ouvre un seuil. Comme si l’espace lui-même se mettait à parler. Ou peut-être est-ce la voix de Twombly, en écho.

À travers hésitations, déviations et suspensions, une discrète dissonance affleure : le sentiment de ne jamais coïncider pleinement avec ses propres gestes. Le dialogue ne cherche pas à résoudre cette fracture ; il l’accueille, lui permettant de faire émerger autre chose. Non pas une reconstitution de l’identité, mais son relâchement : l’interruption de la nécessité de s’expliquer, l’acceptation d’un sujet pouvant exister comme un champ mouvant, traversé par des états multiples.

Alessandro